Avant

À la fin du dîner, nous sommes allés prendre un verre . “Allons au Costello », ont proposé plusieurs. Nous avons marché, partant de la rue Cava Baja, direction la rue Caballero de Gracia. David et Marcos se disputaient à propos du chemin le plus court. C’est mon quartier, dit l’un, j’ai habité ici longtemps.   Pour prouver qu’il avait raison, il mentionnait la forme géométrique de la place Tirso de Molina. Il n’a pas dit triangle isocèle, mais une expression similaire, précise et docte. L’autre répondait, mais je vis ici, aussi, et je connais le chemin le plus court, ce n’est pas le tien.  Alors Marcos est parti tout seul de son côté, pour nous démontrer qu’il avait raison.   Nous avons suivi David.  On s’arrêtait souvent pour récupérer Adela et Rocío qui ne faisaient pas attention et prenaient des détours tout en parlant de tout et de rien. Nous sommes arrivés au Costello avant Marcos, qui est entré ensuite, légèrement mortifié. Le DJ proposait de la musique funky années 80.  David savourait un Daiquiri avec nonchalance ; Pablo me faisait remarquer un jeune homme qui apparemment m’avait regardé ; Adela dansait ; Raul jouait nerveusement avec le porte-clés de sa voiture. 

Ça se passait avant.

Aujourd’hui, nous parlons sur WhatsApp.

« Solitudine »

Titre italien

Le module 1 se prépare à sortir, et si avant c´était le sac qui était important, maintenant il s’agit de bien couvrir son visage ; sauf les yeux, ces yeux qui sont, après tout, le reflet de l’âme.   Donc la face cachée mais l’âme au vent, le module 1 ouvre la porte et se lance dans le monde, en espérant que le monde lui fasse une petite place pour que ses baskets volent sur le bitume et qu’elle puisse aller où bon lui semble, et à son rythme.  Tout en respectant les limites du Cercle Kilomètre 1.  Faut pas trop rêver. Continuer la lecture de « « Solitudine » »

Fuga

Je sors la poubelle.  Faute de chien, c’est l’excuse parfaite pour s’aérer, vu que les points de ramassage sont à une certaine distance de la maison.  Un parfum de liberté et de folie me suit le long de la rue Valdelamasa, tandis que la pluie printanière tombe paresseusement.  Cette promenade qui aurait été anodine il y a un temps a maintenant un goût de gloire.  J’ai envie de chanter à voix haute,  mais ce n’est recommandé, ça peut même être perçu comme une provocation, cette interruption de la gravité qui nous entoure lorsque nous nous faufilons hors de nos cachettes.  Je n’ai donc pas chanté, et la mélodie, « Je t’aime moi non plus » est restée dans ma tête.

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