Il y a un navire qui fait le tour du monde une fois tous les cent cinquante quatre ans. Ce bateau, qui est forcément magique, n’a pas d’allure particulière, et il passe très souvent inaperçu. Et cependant il y a des bruits qui courent, des histoires que l’on raconte parfois dans une taverne sombre à la lueur de bougies qui illuminent à peine des verres de malt. On dit, mais parfois la personne qui le dit ne semble pas fiable, on dit que les amants qui montent sur ce bateau n’oublient jamais le voyage. Que c’est un lieu qui fait oublier les peines, oublier le temps, qui répare les blessures du corps et qui calme les esprits troublés.
On dit aussi que le capitaine qui guide ce bateau parmi les mers du monde ne parle jamais, et cependant ses paroles demeurent gravées dans le cœur des gens qui doutent.
On dit enfin, et souvent dans un chuchotement d’église, on dit que les personnes qui y tanguent, dans ce bateau de bois, ne s’en remettent jamais.
Le navire va bientôt passer. J’ai rencontré une mendiante afghane qui me l’a dit, cet après-midi, et qui m’a conseillé, en m’arrosant d’huile de bergamote, de me tenir prête, car à n’importe quel moment je serais emportée parmi les vagues et les roulis dans ce palais flottant. Elle n’a pas voulu me dire si tu serais du voyage. Mais elle m’a donné une piste : si, aujourd’hui, tu as bu de l’eau dans un verre venu de l’étoile polaire, il se peut, mais rien n’est sûr, il se peut que, toi aussi, tu partes à la rencontre des océans.
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